23 octobre 2006

Journalisme 2.0 ou le retour aux basics.

Lors de son récent passage à Montréal, j’ai eu le plaisir de partager une bonne table avec Jeff Mignon du blog Média Café dont je suis un fidèle lecteur. Nous partageons le fait d’être tous les deux des français « expats » lui à New-York et moi à Montréal mais surtout une curiosité commune sur les profonds changements que succitent la pénétration des nouvelles technologies dans le monde des médias ainsi que dans l’éducation. Avec les autres collègues blogueurs présents, nous avons discouru sur toutes sortes de thèmes et bien sûr sur le rôle et la place des journalistes. Cette profession en pleine mutation, qui parfois se sent menacée par les blogueurs, agacée par le terme « journaliste citoyen » auquel je préfère plutôt le terme « témoin citoyen », est-elle capable d’évoluer, de retrouver une certaine humilité, de se remettre en question ? Les avis sont assez partagés. Pour ma part je vois la fin du journalisme de papa: les « consommateurs » d’informations que nous sommes devenus veulent de la transparence, connaîtrent les sources, pouvoir échanger, poser des questions.  Mon collègue  Christian Aubry  émettait ce commentaire très juste sur un billet Michel Leblanc:
« Une autre différence à mettre en lumière, entre blogueurs et journalistes, c’est que les bons blogueurs communiquent autant qu’ils le peuvent leurs sources, sous forme de liens vers des pages, articles ou documents accessibles sur le réseau, voire sous forme d’entrevues audio ou vidéos. Les journalistes n’ont pas ce réflexe : ils sont les connaissants et nous devons les croire sur parole, tout comme l’on croyait autrefois les curés nous débitant de beaux contes de fées. Heureusement, il y a de plus en plus de bons journalistes qui font partie de notre siècle. Ils comprennent donc que leurs lecteurs sont aussi intelligents qu’eux et que le minimum consiste à leur donner autant d’accès aux sources des informations qu’ils commentent, résument ou reproduisent qu’il leur est possible. Et je persiste à penser que c’est cette approche en profondeur qui sauvera la presse écrite du déclin : donnez-nous accès à toutes les sources disponibles, bon dieu! celles que vous glanez ici et là comme celles que vous générez vous-mêmes (entrevues audio, courriels, etc). »

Pistes: les fondamentaux du journalisme ne changent pas chez Jeff Mignon
Blogueurs accrédités = journalistes discrédités chez Blognalisme via Yves Williams
Si je dirigeais un titre de presse chez Loic Le Meur
Quand les journalistes font blog à part chez Le Monde

A propos de l'auteur

#blogueur | #WordPress addict | #Google lover, conférencier, mixeur de liens, papa geek, fondateur de @Fabriquedeblogs , co-fondateur de @Yulbiz (gère aussi une tribu)

6 Réponses à “ Journalisme 2.0 ou le retour aux basics.

  1. L’une des idées transmises par Jeff, lors de cette soirée, était celle de correspondants tels qu’utilisés en France. De ce que j’en ai compris, depuis des décennies, les médias français utilisent des experts, de par le monde, qui sont choisies pour leur connaissance d’un sujet, ou pour leur localisation géographique, et sont désignées comme correspondants étrangers lorsque le besoin se fait sentir. Plusieurs d’entre eux ne sont donc pas journalistes, mais font office de journalistes au besoin. Ainsi donc, Jeff, introduisait la notion de correspondants blogueurs qui pourraient collaborer avec les médias, selon le besoin. Il notait cependant que notre culture journalistique américaine, n’est pas encore familière avec ce type de collaboration…

  2. @ Michel
    Je ne parlais pas des correspondants internationaux qui sont, le plus souvent des journalistes pro. Je parlais des correspondants locaux de la presse quotidienne régionale française. Cad de citoyens “ordinaires”, dans le sens non-journalistes pro, qui couvrent pour le journal l’actualité des communes. Et, je disais qu’en ça, le fameux “journalisme citoyen” dont on nous parle partout, est depuis longtemps utilisé par la presse locale française. Et j’insistais sur le fait que cette utilisation de correspondants de presse n’existe, par exemple, pas en Amérique du Nord.
    Le citoyen qui écrit pour le journal n’est donc pas un phénomène nouveau en France, mais ça le reste dans bcq d’autres pays. En revanche, internet est entrain de donner une nouvelle dimension à l’idée de correspondant de presse. Tout le monde peut en devenir un… sans avoir besoin même de passer par le journal. Tous journalistes, je n’y crois pas. Mais tous correspondants me semble beaucoup plus réaliste.
    La presse internationale devrait d’ailleurs regarder de prêt le système des correspondants en France. Il y a bcq de choses à en apprendre. Et la presse régionale française, de part son avance sur le sujet, devrait être un moteur dans les médias participatifs et la généralisation de la notion de correspondant de presse. Tous correspondants ?

  3. Merci de la précision Jeff,
    En ce sens je serais un mauvasis journaliste, je ne cite pas très correctement finalement…

  4. En complément, je pense que citizenBay tente de bâtir un réseau de correspondants locaux du type décrit par Jeff. J’ai publié un billet sur ce projet que je trouve intéressant:
    https://www.nayezpaspeur.ca/blog/2006/10/citizen_bay_attention_les_citoyens.html
    Olivier Niquet le co-fondateur de Cent Papiers publie aujourd’hui une mise au point sur ce que devrait être un média citoyen.J’aime bien le terme d’ecosystème:
    http://www.centpapiers.com/article.php3?id_article=926
    Pour terminer un billet de Chrystian Guy qui link ce billet et donne un point de vue très intéressant:
    http://cguy.org/blog/2006/10/23/evolution-de-la-profession-journalistique/

  5. Peut-être conviendrait-il que vous fassiez plus souvent la différence entre les journalistes salariés au service d’un grand média, et les pigistes. Ces derniers, incluant tous ceux qu’on appelle “précaires” -recherchistes pour un producteur télé pendant une seule saison, contractutels d’hebdos, pigistes de magazines, etc.- constituent la partie de la profession dont la croissance n’a jamais cessé depuis 20 ans. Eux sont bien plus à mêmes de se retourner sur un 10 cents que les journalistes de grands médias. En fait, la plupart des blogues créés par des journalistes entre 2001-2005 l’ont été par des pigistes; malheureusement, on parle moins souvent d’eux, parce qu’aussitôt qu’un journaliste d’un quotidien ou d’une émission de télé ouvre à son tour un blogue, tous les feux de la rampe se tournent vers lui, créant l’impression erronée que ceux qui créent des blogues, comme lui, sont des exceptions.

  6. Pascal votre commentaire arrive à point nommé puisque je m’apprête à publier un billet sur ce sujet suite à la sortie du livre de Christiane Dupont et de vous si je ne me trompe « les nouveaux journalistes: le guide, entre précarité et indépendance » un sujet qui devrait inviter à méditer sur cette profession en mutation. Bien sûr afin de ne pas m’éloigner de ma ligne éditoriale, je suis en réflexion sur un titre: Cela pourrait être « blogueur journaliste, journaliste blogueur, journaliste et blogueur, comment s’y retrouver ? »
    C’est juste drôle, début 2006 tout ce beau monde disait que les blogues ça donnait rien, et puis presque à la fin de l’année, tout le monde blogue. Je rigole doucement mais n’allez pas croire que j’ai quelque chose à l’encontre des journalistes, enfin de ceux bien installés, non, c’est juste qu’ils sont un peu trop gourmands, enfin leurs employeurs. Il y en a même qui tiennent blog, chronique journal, émission tv ( parfois sur deux chaines)et puis qui se permettent de nous donner des leçons de convergence 101. Franchement…

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